C’est une page d’histoire que l’on rouvre rarement avec autant de précision. Alors que le football nigérian cherche aujourd’hui à retrouver sa gloire d’antan, l’une de ses plus grandes légendes, Segun Odegbami, est revenue en détail sur la période fondatrice des Green Eagles. Dans une chronique relayée par nos confrères de Complete Sports, l’ancien ailier dévoile comment une année spécifique, marquée par une instabilité politique majeure, est paradoxalement devenue le tremplin du football national.
L’année 1976 ne s’annonçait pourtant pas sous les meilleurs auspices. Le 13 février, le Nigeria est secoué par une tragédie politique : une tentative de coup d’État militaire échoue mais coûte la vie au chef de l’État, le général Murtala Muhammed, remplacé par le général Olusegun Obasanjo. Malgré ce climat de tension et une économie en surchauffe — symbolisée par des ports encombrés de navires de ciment — le sport va servir d’exutoire et de vitrine à une nation en pleine mutation.
Une montée en puissance continentale
Sur le terrain, la dynamique s’enclenche loin de Lagos. Lors de la Coupe d’Afrique des Nations organisée en Éthiopie, les Green Eagles décrochent une troisième place historique, revenant au pays avec le statut de héros. Mais le véritable déclic psychologique intervient quelques semaines plus tard. Opposé au Maroc, vainqueur de cette même CAN, le Nigeria renverse la hiérarchie sur deux matchs pour valider son billet pour les Jeux Olympiques de Montréal. Selon Odegbami, cette qualification a agi comme un « énorme coup de pouce » pour le moral des joueurs, propulsant leur confiance à un niveau inédit.
Le sacre des Shooting Stars face à Roger Milla
L’apothéose de cette année charnière se joue cependant au niveau des clubs. L’équipe des Shooting Stars, qui fournissait alors huit titulaires à l’équipe nationale, réalise un parcours sans faute en Coupe d’Afrique des Vainqueurs de Coupe. En décembre 1976, le club nigérian se rend à Yaoundé pour y défier le Tonnerre Kalala. En face se dresse une future légende du football mondial : Roger Milla, alors au sommet de son art.
Les Shooting Stars remportent le trophée, offrant au Nigeria son premier titre continental en club. Une victoire qui symbolise la domination naissante du pays sur la scène africaine.
La naissance de « Mathematical »
Pour Segun Odegbami, 1976 marque aussi une rupture personnelle. Libéré de ses obligations académiques, il se consacre pleinement au football. C’est durant cette période, après des prestations éblouissantes contre la Sierra Leone à Freetown et à Lagos, que le célèbre commentateur radio Ernest Okonkwo lui attribue le surnom qui le suivra toute sa vie : « Mathematical ».
Auteur de sept buts lors de la campagne continentale de son club et de sa première réalisation en sélection en octobre, l’ailier devient le premier Nigérian à figurer dans le top 10 du Ballon d’Or africain (alors décerné par World Soccer Magazine). Une ascension fulgurante qui illustre parfaitement la devise de l’époque rappelée par l’ancien joueur : « Quand le Nigeria toussait, le reste du continent s’enrhumait. »

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