C’est un nom qui résonne encore dans la mémoire des amateurs de football local du début des années 2010. Yamoudou Bathily, meneur de jeu technique et imprévisible, a marqué son époque sous les couleurs de l’ASC HLM, avec qui il a soulevé la Coupe du Sénégal en 2012, mais aussi sous celles du Jaraaf. Aujourd’hui installé en France, l’ancien milieu de terrain a accepté de rouvrir la boîte à souvenirs pour nos confrères de DS Sports, revenant sur un style de jeu qui a parfois poussé ses adversaires à bout de nerfs.
Si le rôle de meneur de jeu consiste théoriquement à organiser et distribuer, Bathily y ajoutait une dimension de provocation balle au pied devenue rare. Inspiré par les roulettes de Zinédine Zidane et l’imprévisibilité de Ronaldinho, le Sénégalais concevait le dribble comme une arme psychologique autant que tactique. Une approche qui, selon ses propres mots, visait à « déséquilibrer l’adversaire » lorsque les solutions de passes étaient verrouillées.
Cette obsession pour le un-contre-un a donné lieu à des scènes parfois surréalistes sur les terrains dakarois. L’ancien joueur raconte ainsi une anecdote qui illustre le désarroi que ses feintes de corps pouvaient provoquer chez les défenseurs adverses. Lors d’une rencontre en catégories de jeunes, un marquage individuel a tourné court de la manière la plus inattendue : « J’avais tellement malmené mon adversaire direct qu’il a fini par prendre un carton rouge pour ne plus avoir à subir mes dribbles. » Une expulsion vécue comme un soulagement par le défenseur, préférant quitter la pelouse plutôt que de continuer à reculer.
Ce style flamboyant ne faisait pourtant pas toujours l’unanimité sur le banc de touche. Si la plupart de ses techniciens lui laissaient carte blanche pour créer, la collaboration avec Boucounta Cissé à l’ASC HLM a été marquée par une divergence de philosophie. L’entraîneur, réputé pour sa rigueur, a tenté de discipliner le jeu de son meneur, cherchant à limiter les prises de risques individuelles au profit du collectif.
Malgré ces frictions tactiques, le palmarès parle pour lui. Le point d’orgue de sa carrière reste cette finale de 2012 remportée face à l’ASC Renaissance, un trophée qui valide l’efficacité de son duo avec Ousseynou Seck, son ami d’enfance avec qui il a partagé les maillots de l’ASC HLM et du Jaraaf.
Loin des pelouses sénégalaises, Yamoudou Bathily mène désormais une vie bien différente dans l’Hexagone. Reconverti comme déclarant en douane, il a troqué les crampons pour les dossiers administratifs, même s’il avoue continuer à tâter le cuir lors de matchs entre amis. De son exil, il garde un œil avisé sur la nouvelle génération et adoube particulièrement Iliman Ndiaye, en qui il retrouve cette capacité à éliminer qui fut sa marque de fabrique.
« Au départ, c’était très instinctif. Ensuite, j’ai beaucoup observé certains joueurs, notamment Zidane, avec ses feintes de corps et sa fameuse roulette ».
« Je me souviens d’un match en catégories de jeunes où j’avais tellement malmené mon adversaire direct qu’il a fini par prendre un carton rouge pour ne plus avoir à subir mes dribbles ».
« La plupart de mes entraîneurs appréciaient ma façon de dribbler parce qu’elle était efficace. Mais l’un d’eux était un peu plus réservé : Boucounta Cissé, qui m’a entraîné à l’ASC HLM. Il a essayé de changer mon jeu ».

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