« Les anciens misaient sur la force » : un cadre de la Fédération tranche le débat de niveau entre les générations

C’est un débat qui anime régulièrement les « grand-places » et les réseaux sociaux sénégalais : le niveau de la lutte a-t-il baissé par rapport à l’époque des pionniers ? Alors que la nostalgie pousse souvent les observateurs à idéaliser le passé, une voix autorisée au sein de l’instance dirigeante prend le contre-pied de cette perception. Cheikh Sarr, président de la commission d’organisation de la Fédération Sénégalaise de Lutte (FSL), apporte un éclairage technique sur l’évolution de la discipline.

Interrogé par nos confrères de Lutte TV (propos relayés par Record), cet ancien président de l’association des amateurs, devenu une pièce maîtresse du dispositif fédéral, refuse de céder au « c’était mieux avant ». Pour lui, la distinction entre les époques se joue sur un terrain précis : l’intelligence de combat.

Si les anciennes gloires ont marqué l’histoire par leur bravoure, Cheikh Sarr estime que la palette des champions actuels est plus complète. « Les anciens lutteurs mettaient en avant le courage et la détermination. Ils ne faisaient pas de musculation. Ils venaient avec leur masse et luttaient avec les armes qu’ils avaient », analyse le dirigeant. À l’inverse, il qualifie la génération actuelle de « plus technique » et « plus ingénieuse », citant nommément des ténors comme Balla Gaye 2, Modou Lô, Eumeu Sène ou Yékini comme des exemples de cette transformation vers une lutte plus cérébrale et travaillée.

**Le Pay-Per-View, un mal nécessaire**

Au-delà de l’aspect purement sportif, le responsable fédéral a abordé la mutation économique de l’arène, marquée par l’avènement du Pay-Per-View (PPV). Ce modèle, qui restreint l’accès aux combats pour une partie de la population, notamment dans les zones reculées, est souvent critiqué. Cheikh Sarr ne nie pas cette fracture, reconnaissant que le système a « freiné l’engouement » dans certaines localités.

Il juge cependant ce virage « incontournable » pour la survie financière de la discipline. Face au retrait progressif des sponsors traditionnels et à l’inflation des cachets, la billetterie classique ne suffisait plus à rentabiliser les événements. « Le PPV est venu soulager les promoteurs, mais aussi maintenir les cachets à leur niveau », justifie-t-il, saluant au passage l’initiative de promoteurs comme Ibrahima Faye et Luc Nicolaï qui ont imposé cette transition technologique.

**La gestion de la violence et des blessures**

Sur le plan organisationnel, le président de la commission d’organisation défend le bilan sécuritaire de l’instance. Il attribue la baisse de la violence dans l’enceinte de l’arène à des mesures strictes, notamment la décision d’arrêter les combats à 19h00, prise en concertation avec les autorités policières. Concernant l’intégrité physique des athlètes, la Fédération a également durci le ton : toute blessure déclarée fait désormais l’objet d’une contre-expertise obligatoire, et le lutteur guéri dispose d’un délai strict de trois mois pour honorer son contrat, afin d’éviter les reports abusifs.

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