La barre des cinquante apparitions sous un même maillot représente toujours une étape charnière dans la carrière d’un rugbyman. Pour un élément clé de la première ligne des DHL Stormers, ce cap imminent dépasse largement le cadre des simples statistiques sportives. Il ravive l’héritage d’une figure familiale tutélaire dont l’approbation a défini l’intégralité de sa trajectoire professionnelle.
Le pilier droit Sazi Sandi s’apprête en effet à honorer sa 50e cape avec la franchise du Cap. Une régularité remarquable pour celui qui a fait ses classes au St Andrew’s College de Makhanda, participant successivement à la Grant Khomo Week, à la Craven Week, puis intégrant les SA Schools avant de s’imposer durablement au Cap. Pourtant, selon les informations relayées par Sportswire, ce parcours vers le haut niveau s’est d’abord heurté aux réticences d’un père aux ambitions très différentes pour sa progéniture.
Le regretté Bonisile Sandi, affectueusement surnommé « Judge Boni », n’était pas un familier du ballon ovale. Avocat engagé dans la lutte anti-apartheid, puis l’un des premiers magistrats noirs nommés à la Haute Cour d’Afrique du Sud dans la division du Cap oriental, il privilégiait l’excellence académique pour ses trois fils. « Mon père ne voyait pas le rugby comme une opportunité de carrière », confie Sazi Sandi. « Il se concentrait sur nos études, l’obtention d’un diplôme et d’un emploi. Ce n’est pas un métier que l’on peut exercer pendant quarante ans, contrairement au sien. »
Le basculement s’est opéré à la fin du lycée, lors d’une visite décisive dans les installations des Stormers à Newlands. Face aux dirigeants, le magistrat a posé les questions qu’il jugeait nécessaires avant d’être définitivement convaincu par le projet sportif. « Il était très enthousiaste. Nous nous sommes assis et avons tracé la voie pour atteindre le plus haut niveau, en détaillant chaque étape, des moins de 19 ans jusqu’aux Springboks », se remémore le pilier. « C’était un moment crucial : mon père me disait de foncer, et si je devais le faire, d’y aller à fond. »
Décédé en 2017 à l’âge de 62 ans, Bonisile Sandi ne verra pas son fils fouler la pelouse pour ce cinquantième match symbolique prévu ce samedi devant le public des Stormers. Mais l’héritage paternel reste le moteur principal du joueur : « Il est décédé peu de temps après cette discussion. Arriver à ma 50e sélection, c’est l’occasion de regarder en arrière et de dire : « Papa, je suis toujours en chemin ». »


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