Terrain en losange et cibles à 12 mètres : l’invention née au Lac Rose qui vise une reconnaissance olympique

C’est une initiative qui dépasse le simple cadre ludique pour toucher à l’identité culturelle. Sur les rives du Lac Rose, loin des terrains de football ou des arènes de lutte, une nouvelle pratique sportive tente de se frayer un chemin vers l’institutionnalisation. Porté par une volonté de rompre avec le monopole des disciplines importées d’Occident ou d’Asie, ce projet local structure une activité traditionnelle pour en faire un sport de compétition, avec en ligne de mire une échéance majeure : les Jeux Olympiques de la Jeunesse de Dakar 2026.

Le concept se nomme le Ferang-Ball. Imaginé par Ibrahima Seck, ce sport codifie l’usage du lance-pierre, un objet souvent relégué au rang de jouet d’enfant ou d’outil de chasse, pour le transformer en instrument de précision au cœur d’un règlement strict. Selon les éléments rapportés par nos confrères du *Soleil Sports*, l’ambition est double : valoriser l’ingéniosité africaine et promouvoir des valeurs de discipline et de concentration.

**Une architecture de jeu pyramidale**

Loin de l’improvisation, le Ferang-Ball se pratique sur une aire de jeu en forme de losange, segmentée en zones distinctes qui hiérarchisent la performance. Le système de points, progressif, force le joueur à valider des paliers de difficulté croissante.

La première étape, la « zone de Tribu », place le tireur à quatre mètres de trois cibles alignées (Dames, Reines, Amazon). La réussite octroie le titre honorifique de « Chef de Tribu ». La difficulté monte d’un cran dans la « zone Empire », située à huit mètres, où les cibles deviennent des grades militaires (Général, Colonel, Major). Enfin, l’élite se joue à douze mètres sur une cible unique, le « Khalifa », permettant d’atteindre le rang suprême d’Empereur. Chaque palier dispose de son propre barème de points, transformant l’adresse pure en une course tactique vers le score maximal.

**De la méfiance locale à l’ambition olympique**

L’implantation de cette discipline n’a pas été un long fleuve tranquille. Ibrahima Seck confie que les débuts au Lac Rose ont été marqués par une forte incompréhension, allant jusqu’à la destruction physique des terrains d’entraînement par des riverains ou des autorités locales sceptiques. La situation ne s’est débloquée que grâce à l’intervention de figures locales et sportives, notamment un membre du comité du Rallye Paris-Dakar, permettant au Ferang-Ball d’obtenir une existence légale sur son propre territoire.

Au-delà de la reconnaissance locale, le concepteur vise désormais l’instance faîtière du sport mondial. L’objectif affiché est de structurer la discipline — formation d’arbitres, création de clubs, cadre juridique — pour la présenter comme sport de démonstration ou discipline additionnelle lors des JOJ de Dakar 2026. Pour Ibrahima Seck, il s’agit de prouver que l’Afrique peut être le berceau de disciplines modernes, et non plus seulement un consommateur de sports codifiés ailleurs.

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