Trente ans après le sacre historique des Springboks à l’Ellis Park, l’image de Nelson Mandela remettant le trophée à François Pienaar risque de rester l’unique souvenir d’un Mondial sur le sol sud-africain. Alors que le pays avait nourri l’espoir de récupérer l’organisation de l’événement planétaire, notamment après l’échec de justesse face à la France pour l’édition 2023, la direction de SA Rugby vient de doucher les attentes. Le directeur général de la fédération a posé un diagnostic froid sur la situation, expliquant pourquoi la nation arc-en-ciel ne peut plus lutter à armes égales avec les autres candidats.
Selon des propos relayés par Sportswire, Rian Oberholzer, le CEO de SA Rugby, a confirmé que l’Afrique du Sud ne s’alignerait probablement plus pour accueillir la compétition dans un avenir prévisible. Cette position, déjà esquissée par le président Mark Alexander fin 2025, est désormais justifiée par une réalité économique implacable qui dépasse le simple cadre sportif.
**La dictature du revenu commercial**
Le dirigeant sud-africain a mis en lumière le modèle économique de World Rugby, qui dépend quasi exclusivement des revenus générés par la Coupe du Monde tous les quatre ans pour financer l’écosystème global du rugby. Dans cette configuration, l’instance internationale n’a d’autre choix que de privilégier les marchés les plus lucratifs.
« World Rugby doit emmener la Coupe du Monde là où ils peuvent gagner le plus d’argent », a tranché Rian Oberholzer. Il pointe un fossé commercial impossible à combler pour l’Afrique du Sud : « Si vous nous comparez à l’Europe, je ne vois pas comment l’argent généré en Afrique du Sud pourrait un jour égaler ce qui est généré en Europe ou, à l’avenir, au Moyen-Orient. »
Cette logique a déjà conduit à l’attribution des tournois 2027 à l’Australie et 2031 aux États-Unis. Pour 2035, alors que des rumeurs prêtaient des intentions à l’Afrique du Sud, le regard de l’instance faîtière se tourne vers l’Espagne, le Japon ou un ticket moyen-oriental (Qatar, Arabie Saoudite, Émirats Arabes Unis).
**La Nouvelle-Zélande dans la même impasse**
L’Afrique du Sud n’est pas isolée dans ce constat. La Nouvelle-Zélande, autre terre sacrée du ballon ovale, se heurte aux mêmes limites structurelles. Les deux superpuissances sportives sont désormais disqualifiées par leur taille de marché.
« Je pense que nous nous sommes éloignés de la philosophie selon laquelle tout le monde doit avoir une chance égale d’organiser une Coupe du Monde », a admis Oberholzer. « La Nouvelle-Zélande et l’Afrique du Sud ne généreront pas l’argent dont World Rugby a besoin. Ce n’est pas négatif envers nous, c’est simplement ce qui est le plus important pour les intérêts supérieurs de World Rugby. »
**Une santé financière paradoxale**
L’ironie de la situation réside dans la bonne santé actuelle de la fédération sud-africaine. Rian Oberholzer a souligné que SA Rugby traverse sa meilleure période financière depuis la crise du Covid, affichant même une rentabilité rare au niveau international.
« Sur les 12 nations du Tier 1, nous sommes la seule qui va afficher un léger bénéfice », a précisé le dirigeant. Ces fonds sont réinvestis localement pour alimenter les unions provinciales et la formation, garantissant la compétitivité des Springboks. Si le système fonctionne sur le terrain et dans les comptes nationaux, il reste néanmoins insuffisant pour supporter le poids financier d’une organisation mondiale.


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