Retrouver Ellis Park dans le camp adverse impose à Johan Ackermann une confrontation directe avec l’héritage qu’il a lui-même légué

Le Jukskei Derby dépasse le simple cadre comptable du United Rugby Championship (URC) pour toucher à l’histoire intime du rugby sud-africain. Ce samedi, l’affrontement entre les Lions et les Vodacom Bulls à l’Ellis Park prend une dimension particulière pour l’un des acteurs majeurs du banc de touche. Johan Ackermann, figure tutélaire des deux franchises, s’apprête à vivre une situation inédite qui le place en opposition directe avec une culture qu’il a lui-même contribué à bâtir.

L’entraîneur des Bulls possède une connaissance encyclopédique de cette rivalité locale. Ancien joueur des deux camps, il a également dirigé les Lions avant son exil et son retour récent à la tête de la formation de Pretoria. Selon les propos recueillis par Sportswire, ce déplacement marque sa première apparition à l’Ellis Park en tant qu’entraîneur adverse depuis son départ. Une configuration qui, de son propre aveu, s’annonce « étrange » tant les repères visuels et humains restent imprégnés de son passage précédent.

La particularité de ce duel réside dans la relation qui lie Ackermann à son homologue, Ivan van Rooyen. L’actuel entraîneur principal des Lions officiait comme responsable de la préparation physique sous les ordres d’Ackermann. Le technicien des Bulls se retrouve ainsi à défier un système dont il connaît les moindres rouages, y compris le personnel d’encadrement, du gestionnaire de l’équipement au médecin de l’équipe, qui n’a pas changé.

Cette proximité influence directement l’analyse tactique de la rencontre. Ackermann s’attend à voir les Lions déployer un jeu rapide et basé sur la course, une identité de jeu – l’ADN des Lions – qu’il avait lui-même instaurée lors de son mandat. Il décrit Van Rooyen comme un technicien « calme » et « sage », capable de maintenir le cap malgré les départs de joueurs clés et la pression inhérente au poste.

Au-delà de l’aspect émotionnel, l’enjeu sportif reste prioritaire pour les Bulls. La franchise de Pretoria cherche à consolider sa dynamique après une phase d’ajustement marquée par le retour progressif des Springboks et la gestion des blessures. Ackermann insiste sur la construction d’une culture d’équipe solide, citant l’exemple du parcours de Munster en 2023 pour rappeler que rien n’est impossible dans cette compétition, même en passant par des phases difficiles.

Ce derby s’inscrit dans la tradition des grandes confrontations sud-africaines, où la proximité géographique – beaucoup de joueurs des Lions résidant à Pretoria – exacerbe l’intensité des duels individuels. Pour Johan Ackermann, l’objectif est désormais d’ajouter une victoire avec les Bulls à sa collection de souvenirs dans ce stade mythique, en mettant de côté, le temps de 80 minutes, les sentiments liés à son ancienne maison.


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