Supporters sénégalais jugés à Rabat : entre barrière de la langue et accusations de hooliganisme

Un mois après une finale de la Coupe d’Afrique des Nations 2025 sous haute tension entre le Sénégal et le Maroc, le volet judiciaire s’ouvre ce jeudi 19 février à Rabat. Dix-huit supporters sénégalais, ainsi qu’un ressortissant français, comparaissent devant le tribunal pour des faits qualifiés de « hooliganisme », suite aux incidents qui ont éclaté à l’issue de la rencontre. En détention provisoire depuis le 18 janvier, ils clament leur innocence et dénoncent une profonde injustice, exacerbée par une barrière linguistique qui pourrait peser lourd dans la balance.

Les faits reprochés sont graves. Selon les autorités marocaines, des violences contre les forces de l’ordre, des dégradations de matériel et des jets de projectiles auraient eu lieu après qu’un penalty a été accordé au Maroc dans les ultimes minutes du match. Une décision arbitrale qui aurait enflammé une partie de la tribune sénégalaise, conduisant à des tentatives d’envahissement de terrain et aux interpellations qui s’ensuivirent.

Face à ces accusations, la défense, portée par Maître Patrick Kabou, plaide l’incompréhension totale. « Eux-mêmes ne comprennent pas ce qu’on leur reproche », a-t-il déclaré sur RFI. Le principal point de friction réside dans l’impossibilité pour les prévenus de s’exprimer en wolof, leur langue maternelle, lors des interrogatoires. « Depuis le commissariat, il n’y a personne qui parle wolof et qui pourrait ainsi transmettre ce qu’eux veulent transmettre », insiste l’avocat. Cette situation alimente la crainte d’un procès inéquitable, où les accusés ne pourraient pas se défendre convenablement.

Pour protester contre ce qu’ils estiment être une détention arbitraire, les supporters ont entamé un jeûne intermittent, refusant de s’alimenter au-delà du petit-déjeuner. Un acte de résistance pacifique pour attirer l’attention sur leur situation. Parmi les détenus se trouve également Lyèce M., un Français de 27 ans et frère d’un membre du staff technique sénégalais, arrêté dans les mêmes circonstances.

Ce procès, dont l’ouverture a été plusieurs fois reportée, est suivi avec une attention particulière au Sénégal, où une forte mobilisation de l’opinion publique réclame la libération des supporters. Alors que la défense plaidera la relaxe, l’issue de cette affaire est attendue avec anxiété, bien au-delà des prétoires de Rabat.

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