Les Super Eagles ont quitté la CAN 2025 au Maroc avec une certitude offensive rarement observée sur les deux dernières décennies. Si la perception visuelle suggérait une domination, l’étude approfondie des données de la compétition confirme une mutation profonde du jeu nigérian et entérine un changement de leadership statistique au sein de l’effectif d’Eric Chelle.
Loin de l’image d’une équipe misant uniquement sur le spectacle, le Nigeria a construit sa campagne marocaine sur une autorité chiffrée. Selon les données compilées par notre confrère *Complete Sports*, la sélection a atteint un total de 14 buts inscrits lors de cette édition 2025. Ce chiffre représente le total le plus élevé sur les sept dernières éditions analysées, surpassant même le pic de 11 réalisations atteint lors du sacre continental de 2013.
Cette efficacité ne relève pas du hasard. Sur l’ensemble du tournoi, les hommes d’Eric Chelle ont généré 13,06 « expected goals » (xG), soit une moyenne de 1,87 par match. Plus significatif encore que le volume de 91 tirs, c’est la qualité des positions de frappe qui marque une rupture avec le passé : 62 tentatives ont été déclenchées depuis l’intérieur de la surface de réparation, soit le double de ce que les Super Eagles ont concédé à leurs adversaires.
**Le croisement des courbes entre Lookman et Osimhen**
Au cœur de ce système, l’analyse des contributions individuelles sur la période 2008-2025 révèle une nouvelle hiérarchie. Ademola Lookman s’impose désormais comme le contributeur offensif le plus productif de la sélection sur cette fenêtre temporelle. Avec un cumul de 11 implications directes (buts et passes décisives), l’attaquant de l’Atalanta devance Victor Osimhen.
Le buteur napolitain, bien que central dans le dispositif, totalise huit contributions (quatre buts et quatre passes décisives). Les données soulignent un facteur limitant précis pour Osimhen : les décisions arbitrales marginales. Sur la période étudiée, cinq de ses buts ont été annulés pour hors-jeu, un déchet statistique qui pèse lourdement sur son bilan comptable comparé à la régularité de Lookman, également co-meilleur passeur de la période aux côtés de John Obi Mikel.
**La menace inattendue des touches longues**
L’évolution tactique du Nigeria se lit aussi dans la diversification des sources de danger. Si le jeu ouvert reste prépondérant, l’édition 2025 a marqué une explosion de l’efficacité sur coups de pied arrêtés, et spécifiquement sur les remises en jeu. Trois buts ont été inscrits suite à des séquences de touches, contre un seul sur l’ensemble des éditions précédentes. Le but de Paul Onuachu contre l’Ouganda, marqué dix secondes après une touche, illustre cette nouvelle arme.
Cependant, le rapport de *Complete Sports* nuance ce tableau idyllique en pointant une vulnérabilité persistante face aux blocs bas très organisés. Les rencontres face au Maroc et à l’Égypte ont exposé les limites du système : contre les Lions de l’Atlas, le Nigeria a enregistré son plus faible total d’xG (0,08) et n’a réussi aucune incursion balle au pied dans la surface adverse. Face aux Pharaons, la production a plafonné à un seul tir cadré.
Cette analyse longitudinale dessine le portrait d’une équipe qui a gagné en maturité et en contrôle, capable de multiplier les circuits de passes dans le dernier tiers (26 touches dans la surface adverse par match en moyenne). La prochaine étape de développement pour le staff technique réside désormais dans la capacité à forcer le verrou des défenses hermétiques qui parviennent à couper l’accès aux zones centrales.






0 Commentaires
Soyez le premier à commenter cet article.
Connectez-vous pour laisser un commentaire.