Coupe du monde 2026 : pourquoi près d’un joueur sur quatre n’est pas né dans le pays représenté

« Près de 4 % de la population mondiale vit dans un pays où elle n’est pas née. Ce chiffre est encore plus élevé pour les travailleurs hautement qualifiés et les athlètes de haut niveau », explique le professeur Gijsbert Oonk, historien néerlandais spécialiste des migrations et de l’identité à l’université Erasmus.

Cette réalité se reflète fortement à la Coupe du monde 2026, où la proportion de joueurs représentant un pays différent de leur lieu de naissance atteint un niveau inédit. Le phénomène concerne directement plusieurs sélections africaines, notamment le Maroc, le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Cameroun et le Sénégal, dans un tournoi où les trajectoires familiales et migratoires pèsent de plus en plus sur la composition des effectifs.

Un tournant marqué pour les sélections de la diaspora

Lors du match nul 1-1 du Maroc contre le Brésil, le 13 juin, aucun joueur marocain présent sur la pelouse n’était né au Maroc. Plus largement, seules huit équipes sur 48 ne comptent aucun joueur né à l’étranger. Le total atteint 289 joueurs sur 1 248, soit plus de 23 % des effectifs engagés, selon une analyse de la BBC s’appuyant sur les chiffres relayés dans le cadre du tournoi par la FIFA.

Le cas africain illustre bien cette évolution. Le Maroc, qui avait déjà marqué les esprits au Qatar en 2022 en devenant le premier pays africain demi-finaliste d’une Coupe du monde, a renforcé depuis les années 2010 son travail de repérage dans les communautés établies en France, aux Pays-Bas et en Belgique. Cette politique a contribué à intégrer davantage de talents binationaux. Le texte cite aussi des fratries séparées entre sélections différentes, comme Désiré et Guéla Doué pour la France et la Côte d’Ivoire, Nico et Iñaki Williams pour l’Espagne et le Ghana, ou encore les demi-frères Derrick Luckassen et Brian Brobbey pour le Ghana et les Pays-Bas.

Le tournoi 2026 a également déjà offert une scène rare avec Ibrahim Mbaye, présenté comme franco-sénégalais, buteur pour le Sénégal contre la France, son pays de naissance. En 2022, Breel Embolo, né au Cameroun et international suisse, avait lui aussi marqué contre son pays natal sans célébrer son but. « Je savais que si je marquais, je ne célébrerais pas le but, par respect », avait-il déclaré à l’époque.

Sur le plan réglementaire, cette évolution s’inscrit dans une histoire plus longue. La FIFA n’a fixé des critères formels de nationalité que dans les années 1960, après une période où les joueurs pouvaient choisir plus librement leur sélection. Les règles ont ensuite évolué en 2004, avec la possibilité de jouer pour une nation en catégories de jeunes puis d’en représenter une autre chez les seniors, sous conditions de filiation ou de résidence. Depuis, la durée minimale de résidence a été portée à cinq ans.

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