Figure tutélaire de la lutte sénégalaise, Hyacinthe Ndiaye, plus connu sous le nom de Manga 2, reste une voix écoutée lorsqu’il s’agit d’analyser les dynamiques de l’arène. Sacré « Roi des arènes » en 1984 après sa victoire sur Mor Fadam, l’ancien champion porte un regard lucide sur l’évolution de sa communauté d’origine. Dans un entretien accordé à nos confrères du *Soleil Sports*, l’ancienne gloire détaille les raisons structurelles qui ont mis fin à l’hégémonie groupée de l’écurie Sérère.
**Une forteresse autrefois imprenable**
Pour comprendre le diagnostic de l’ancien champion, il faut revenir à l’organisation qui prévalait il y a quatre décennies. Manga 2 décrit une entité centralisée, véritable pépinière de talents où la solidarité primait sur les ambitions individuelles. Sous la houlette de cadres administratifs tels que le Dr Alioune Sarr, Mansour Kama ou Mbagnick Ndiaye, l’écurie Sérère fonctionnait comme un bloc monolithique.
« Tous les champions sérères se retrouvaient dans cette entité créée par nos aînés », rappelle Hyacinthe Ndiaye, citant des figures comme Doudou Baka Sarr, Robert Ndiaye ou Ibou Senghor. Cette concentration de talents et de savoir-faire créait une force de frappe collective difficile à contourner pour les adversaires.
**La dispersion et le partage des secrets**
C’est précisément cette unité qui fait défaut aujourd’hui. Selon l’analyse de l’ancien Roi des arènes, l’absence d’un porte-drapeau unique, capable de fédérer toute la communauté derrière lui, s’explique par une fragmentation des forces vives. Les lutteurs issus de la communauté sérère ne sont plus regroupés sous une même bannière mais évoluent désormais dans « toutes les écuries du Sénégal ».
Au-delà de cette dispersion géographique, Manga 2 pointe un changement dans la gestion de l’aspect mystique, dimension cruciale de la lutte sénégalaise. L’ouverture des cercles de préparation a dilué les secrets qui faisaient autrefois la force de la communauté. « Là où ils se blindent mystiquement, ils amènent aussi leurs amis d’autres ethnies pour bénéficier des mêmes prières », note-t-il. Cette porosité nouvelle empêche, selon lui, l’émergence d’un leadership exclusif et centralisé.
**Un vivier toujours présent**
Si le modèle a changé, le talent brut demeure intact. L’ancien champion refuse de céder au pessimisme quant à la relève, citant une pléthore de combattants capables de prétendre au sommet. Des athlètes comme Mamady Ndiaye, Obeuly, Ordinateur ou Ngagne Sène figurent parmi les espoirs mentionnés. Il inclut également Siteu, bien que ce dernier dispose de son propre staff, dans cette grande famille sportive.
Revendiquant son statut de « père de tous les lutteurs », Manga 2 assure qu’il reste disponible pour accompagner quiconque sollicitera son expertise, confirmant que si la structure historique a éclaté, la transmission du savoir, elle, reste possible.
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