C’était l’un des scrutins les plus attendus de l’année dans l’arène nationale, et il a tenu toutes ses promesses en termes de tension et de dramaturgie. L’élection pour la présidence de la Ligue de Dakar de lutte avec frappe a rendu son verdict, redessinant totalement la carte du pouvoir dans la discipline. Au terme d’une assemblée électrique, les délégués ont tranché en faveur d’une figure légendaire des enceintes, marquant une rupture nette avec la gestion précédente.
Le verdict est tombé sans appel à l’issue du dépouillement : Moustapha Guèye, l’emblématique « 2e Tigre de Fass », est le nouveau président de la Ligue de Dakar. Avec 64 voix en sa faveur, il s’impose nettement face à son rival Doudou Diagne, dit « Diecko », qui n’a récolté que 46 suffrages. Une victoire acquise dès le premier tour, que certains observateurs qualifient déjà de « KO » électoral, consolidée par l’élection d’Ibragima Faye « Beuz », issu du même camp, au poste de vice-président.
Si le résultat comptable est clair, l’ambiance en coulisses reste délétère. Le camp du vaincu digère mal ce revers et n’a pas tardé à contester la moralité du scrutin. Doudou Diagne Diecko, ancien président de la Ligue des amateurs, a vivement réagi en dénonçant des manœuvres souterraines. « Nous avons des preuves que certains ont monnayé leur voix », a-t-il lancé, évoquant sans détour « l’achat de conscience et la trahison de certains électeurs » qui avaient pourtant promis leur soutien. Des accusations graves qui témoignent de l’âpreté de la bataille qui s’est jouée.
Face à cette colère, le nouveau président a choisi la carte de l’apaisement. Fraîchement élu, Moustapha Guèye a immédiatement appelé à l’union sacrée, conscient que les chantiers qui l’attendent nécessitent une cohésion totale. « J’invite tous ceux qui ont voté pour moi, comme ceux qui ont soutenu Doudou Diagne, à se donner la main », a déclaré l’ancien champion, selon les propos relayés par Le Soleil Sports. « Les urnes ont rendu leur verdict, nous devons désormais nous ranger et travailler ensemble pour développer cette discipline à Dakar. »
Au-delà des hommes, c’est un séisme politique qui secoue la lutte sénégalaise. En portant leur choix sur Moustapha Guèye, les acteurs ont envoyé un message fort : « la lutte aux lutteurs ». Mais cette élection sonne surtout comme un revers stratégique majeur pour le camp de Bira Sène, l’actuel président de la Fédération sénégalaise de lutte. En perdant le contrôle de Dakar, véritable poumon de la discipline où se concentrent la majorité des écuries et des enjeux financiers, l’instance fédérale se retrouve isolée.
Cette nouvelle configuration impose désormais une cohabitation forcée entre la Ligue de Dakar, dirigée par une figure de légitimité sportive, et une Fédération qui voit son influence se réduire dans la capitale. Dans un contexte de réformes institutionnelles post-CNG, la capacité de ces deux pôles à collaborer déterminera l’avenir à court terme de la lutte avec frappe.
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