L’organisation de la 35e édition de la Coupe d’Afrique des Nations par le Maroc restera gravée dans les mémoires, tant pour la qualité de ses infrastructures que pour la tempête médiatique et institutionnelle qui l’a accompagnée. Si l’accueil à Tanger et la modernisation des stades ont été salués, le déroulement de la compétition a laissé apparaître des fractures profondes au sein de la gouvernance du football continental. Derrière les discours officiels de fraternité, des scènes de tension inédites se sont jouées dans les bureaux de la Confédération Africaine de Football (CAF), mettant en lumière une conception particulière des relations diplomatiques sportives.
Selon les informations rapportées par notre confrère *DS Sports*, appuyées par les révélations du journaliste Romain Molina, le climat s’est considérablement dégradé lors d’une réunion du Comité exécutif de la CAF tenue le vendredi 16 janvier. Alors que le président de la Fédération nigériane, Ibrahim Musa Gusau, mettait en avant des irrégularités constatées suite à la demi-finale entre le Maroc et le Nigeria, la réponse de son homologue marocain, Fouzi Lekjaa, aurait dépassé le cadre purement technique. Le dirigeant marocain aurait lancé : « Tu n’es pas reconnaissant de ce que j’ai fait pour toi. » Une sortie qui suggère que les partenariats et le soutien logistique offerts par le Royaume impliqueraient, en retour, une forme de silence ou d’alignement politique.
**Une série de décisions litigieuses au cœur de la fronde**
Cette altercation verbale ne survient pas dans un vide contextuel. Elle est la conséquence directe d’une accumulation de décisions arbitrales ayant systématiquement favorisé le pays hôte tout au long du tournoi. *DS Sports* dresse un inventaire précis des situations qui ont alimenté la suspicion : un premier penalty accordé à Brahim Díaz face aux Comores, une main sifflée contre le Mali tandis qu’une faute similaire de Sofyan Amrabat était ignorée, ou encore ce penalty refusé à la Tanzanie qui aurait pu changer le cours de son huitième de finale. La gestion du corps arbitral elle-même a soulevé des interrogations, notamment lors du match contre le Cameroun, où la désignation tardive des officiels a empêché toute procédure de récusation, provoquant l’ire de Samuel Eto’o.
La finale face au Sénégal a cristallisé ces tensions. Les observateurs ont noté plusieurs actions litigieuses, dont une intervention musclée sur Nicolas Jackson non sanctionnée et un but refusé à Ismaïla Sarr. L’épisode du penalty accordé après consultation du VAR pour une faute présumée, précédé d’un hors-jeu de Youssef En-Nesyri non signalé, a fini par convaincre le camp sénégalais d’une iniquité structurelle. L’entraîneur adjoint Pape Thiaw a d’ailleurs vivement exprimé son désaccord, refusant la passivité face à ce qu’il considérait comme une injustice.
**Le verrouillage institutionnel de la Commission des arbitres**
Au-delà du terrain, c’est la structuration même des organes de contrôle de la CAF qui interroge. Toujours selon la source, l’influence marocaine se serait étendue jusqu’à la Commission des arbitres. Le limogeage de l’Ivoirien Doué Noumandiez, survenu quatre jours seulement après une finale de CAN féminine perdue par le Maroc et marquée par la colère de Fouzi Lekjaa, apparaît comme un tournant. Son remplaçant, le Congolais Olivier Safari Kabene, a procédé à des nominations contestées, dont celle de Jean-Jacques Ndalla. Ce dernier, déjà au centre de polémiques lors de matchs de la RS Berkane — club présidé par Lekjaa — s’est vu confier le sifflet pour le match d’ouverture et la finale de cette CAN 2025.
Cette mainmise supposée, couplée à la présence bienveillante du président de la FIFA Gianni Infantino lors des événements clés, dessine les contours d’une gouvernance où la critique devient difficile. Si le Sénégal et le Nigeria ont choisi de vocaliser leur mécontentement, l’argumentaire de la « dette morale » invoqué en coulisses pose une question fondamentale sur l’indépendance des fédérations africaines bénéficiant des partenariats marocains.

